Bergson, l’hypersensibilité et la politesse du cœur

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Les écrivains et philosophes ont eux aussi parlé d’hypersensibilité dans leurs œuvres. Le célèbre philosophe Bergson explique dans un discours adressé à la jeunesse la plus belle politesse selon lui. Sensibilité, fragilité et beauté, Bergson a les mots parfaits pour décrire l’hypersensibilité.

 

Apprenons la politesse de l’esprit et l’art de trouver la vie aimable

Cet extrait est tiré du texte « Apprenons la politesse de l’esprit et l’art de trouver la vie aimable ». Ce discours de remise de prix a été prononcé au lycée- Henri-IV, en 1892. Vous pouvez retrouver l’intégralité du texte dans le livre  « A la jeunesse – De Saint-Exupéry à Steve Jobs, de grandes voix appellent à vivre intensément » de François-Xavier Bellamy ».

« Il y a des âmes timides, avides d’approbation parce qu’elles se méfient d’elles-mêmes, et qui joignent, à une vague conscience de leur mérite, le désir et le besoin de l’entendre louer par d’autres. 

 

Est-ce vanité, est-ce modestie ? je ne sais ; mais tandis que le fat nous répugne avec sa prétention d’imposer aux autres la bonne opinion qu’il a de lui, nous nous sentons plutôt attirés vers ceux qui attendent anxieusement, pour avoir de leur propre mérite cette même opinion avantageuse, que nous voulions bien la leur donner. 

 

Une louange méritée, une parole aimable, pourra produire sur ces âmes l’effet d’un rayon de soleil tombant tout à coup sur une campagne désolée ; comme lui, elle les fera reprendre à la vie, et même, plus efficace, elle transformera parfois en fruits des fleurs qui se seraient sans cela séchées.

 

Au contraire, une allusion involontaire, un mot de blâme sorti d’une bouche autorisée, peuvent nous jeter dans cette tristesse où mécontents de nous, désespérant de l’avenir, nous croyons voir se fermer devant nous toutes les avenues de la vie.

 

Et de même que le cristal infiniment petit, tombant dans une solution sursaturée, appelle à lui l’immense multitude des molécules éparses et fait que le liquide transparent se transforme d’un coup en une masse opaque et solide, ainsi au léger bruit de ce reproche à peine tombé au milieu d’elles, accourent, de-ci, de-là, de mille points divers et par tous les chemins qui vont au fond du cœur, les timidités en apparence vaincues, les désillusions un instant consolées, toutes ces tristesses flottantes qui n’attendaient qu’une occasion pour cristalliser en masse compacte, et peser de tout leur poids sur une âme désormais inerte et découragée.

 

Cette sensibilité un peu maladive est chose rare, heureusement ; mais quel est celui qui ne s’est pas senti, à certains moments, douloureusement atteint dans son amour-propre et arrêté tout aussitôt dans l’essor qu’il aurait pu prendre; au lieu qu’à d’autres moments une harmonie délicieuse le pénètre, parce qu’un mot glissé à son oreille, s’insinuant dans l’âme et la fouillant jusque dans ses plus secrets replis, est venu toucher cette fibre cachée qui ne peut résonner sans que toutes les puissances de l’être s’ébranlent avec elle et vibrent à l’unisson ?

 

Ne serait-ce point là, jeunes élèves, la politesse la plus haute, la politesse du cœur, celle que nous appelions une vertu ? C’est la charité s’exerçant dans la région des amours-propres, là où il est aussi difficile parfois de connaître le mal que de vouloir guérir.

 

Une grande bonté naturelle en est le fond ; mais cette bonté resterait peut être inefficace si la pénétration de l’esprit ne s’y joignait, la finesse, et une connaissance approfondie du cœur humain. »

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On parle d’hypersensibilité sur Good Moon 

Les hypersensibles, ces super-héros !

 

Qui est Bergson ?

Henri Bergson, né le 18 octobre 1859 à Paris, ville où il meurt le 4 janvier 1941, est un philosophe français. Il a publié quatre principaux ouvrages : d’abord en 1889, l’Essai sur les données immédiates de la conscience, ensuite Matière et mémoire en 1896, puis L’Évolution créatrice en 1907, et enfin Les Deux Sources de la morale et de la religion en 1932. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1927. Il aborda le XXe siècle en refusant le monde mécaniste de la physique classique et du déterminisme triomphant. Sa réaction contre le scientisme, où l’existence de l’esprit et de la liberté était remise en cause, l’amena à réfléchir sur le concept de temps.

L’oeuvre de Bergson 

Bergson a travaillé sur l’illusion qui consiste à croire que les choses débutent et qu’elles ont une fin. Le temps n’est pas une ligne continue que l’on peut découper : le présent au milieu, le passé à gauche et le futur à droite. Cette ligne, selon Bergson, ce n’est pas du temps, c’est de l’espace ! Le temps réellement compris, c’est le temps « vécu », ce que Bergson nomme « la durée ». Alors comment saisir avec les mots ce qui relève d’une intuition ? La pensée et le mouvant, c’est la pensée qui est du coté de l’intelligence, mais qui ne saisie pas l’essentiel.  Le mouvant quant à lui, c’est ce qui échappe par nature à l’intelligence.

« Si l’intelligence nous éloigne du réel, l’intuition nous y relie de la manière la plus immédiate possible »

Les deux grands moteurs de l’activité humaine : l’amour et l’ambition.

Allez plus loin avec la philosophie de Bergson 

L’essai sur les données immédiates de la conscience démontre, par une introspection intuitive, la reprise en possession de notre vie intérieure, et que la continuité du passé dans le présent et du présent dans le futur constitue « une création continue d’imprévisible nouveauté » agissant comme révélateur de la réalité et de la liberté de l’esprit.

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