Sénèque, leçon de philosophie pour les angoissés

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Petite leçon de philosophie sur Good Moon pour les angoissés 😉

Dans cet article, voici une des lettres de Sénèque, (4 av. J.-C. / 65 apr. J.-C.), philosophe de l’école stoïcienne.

Je vous conseille de lire l’intégralité de l’ouvrage « Sénèque- Apprendre à vivre, traduit par Alain Golomb » qui se lit très facilement et nous apprend de belles leçons de vie.

Sénèque vivait il y a plus de 2 000 ans mais nos interrogations sont toujours les mêmes. Je vous laisse donc sur cette belle lettre pleine de sagesse qui pourra aider plus d’un angoissé.

1) Il y a plus de choses qui nous font peur, que de choses qui nous font mal

« Il y a plus de choses qui nous font peur, Lucilius, que de choses qui nous font mal et, bien souvent, nous souffrons plus des « on dit » que de la chose elle-même. Je n’utilise pas avec toi le langage des stoïciens, mais des termes plus accessibles. Nous disons, nous autres, que tous ces chagrins qui nous arrachent gémissements et beuglements sont des vétilles. Oublions ces mots pompeux mais, bonté divine, véridiques ! Je te recommande de ne pas être malheureux avant l’heure, car ce dont tu redoutes l’imminence n’arrivera peut être jamais, en tout cas, n’est pas encore arrivé.

Il y a donc ce qui nous tourmente plus que nécessaire, ce qui nous tourmente avant qu’il soit nécessaire, ce qui nous tourmente alors que ce n’est absolument pas nécessaire. Notre douleur, nous l’augmentons, nous l’anticipons, nous l’inventons. »

2) Ce qui est léger pour moi, toi, tu soutiendras que c’est lourd.

« Le premier point, puisque c’est l’objet même du litige et que le débat est ouvert, remettons-le à plus tard. Ce qui est léger pour moi, toi, tu soutiendras que c’est lourd.

Je sais bien qu’il y en a qui rient sous les coups de fouet et d’autres qui gémissent pour une taloche. Nous verrons ensuite si ces prétendus maux sont graves du fait de leur force ou de notre faiblesse. »

3) Fais attention non pas à ce que tu entends mais à ce que tu ressens

« Fais moi le plaisir, chaque fois qu’on essaiera de te persuader que tu es malheureux, de faire attention non pas à ce que tu entends mais à ce que tu ressens, et de prendre le temps de réfléchir et de te demander à toi-même, qui te connais le mieux : « Quelle raison ont-ils de me plaindre ? De trembler ? De craindre même de me toucher, comme si le malheur était contagieux ? La chose est-elle en soi mauvaise ou y a t-il plus de honte que de mal ? « 

Interroge-toi : « N’est-ce pas sans raison que je me torture et me fais du mauvais sang et m’invente un mal qui n’existe pas ? »

Comment savoir si les causes de mon angoisse sont justifiées ?

« Tu me demandes comment savoir si les causes de mon angoisse sont vaines ou véridiques ?

Et bien, voici la règle à suivre : c’est le présent ou le futur qui nous tourmentent, ou les deux. Pour le présent, c’est facile : si ton corps est libre, en bonne santé, sans souffrir de quoi que ce soit, on verra bien ce qui se passera plus tard. Aujourd’hui, aucun problème.

« Oui, mais il va y en avoir ! » D’abord, examine s’il y a des preuves sûres et certaines de la venue d’un mal. Dans la plupart des cas, tu le sais, nous nous faisons du souci sur de simples soupçons et nous nous laissons abuser par la rumeur qui, en général, met les armées en déroute, à plus forte raison des individus isolés.

C’est ainsi, mon cher Lucilius, nous sommes prompts à nous en remettre à l’opinion des autres. Nous ne cherchons pas à identifier clairement les motifs qui nous poussent à la crainte, nous ne les perçons pas à jour mais nous tremblons, le dos tourné, comme ces soldats qui fuient le cap pour avoir vu le nuage de poussière soulevé par les troupeaux en débandade, ou les gens effrayés par des rumeurs sans fondement. »

 

4) Ce sont les maux imaginaires qui causent le plus de trouble.

« Les maux réels, on en connaît les limites. Tout ce qui est de source incertaine est abandonné aux élucubrations et au caprice de l’esprit effrayé. C’est pourquoi rien n’est plus pernicieux, plus irrémédiable que la peur de l’homme pris de panique. »

5) Il sera bien assez tôt pour souffrir en temps utiles

« Examinons donc attentivement la chose : il est vraisemblable qu’un malheur se produira, mais ce n’est pas une vérité dans l’immédiat. Que d’événements ont eu lieu, qu’on attendait pas ! Que d’événements qu’on attendait et qui n’ont jamais eu lieu.  Même si quelque chose doit se produire, à quoi bon aller au devant de sa douleur ? Il sera bien assez tôt pour souffrir en temps utiles. En attendant, souhaite-toi que les choses s’améliorent. Qu’y gagneras tu- ? Du temps. »

 

6) Même la mauvaise Fortune a ses caprices.

« Bien des faits pourront s’interposer pour arrêter, ou faire cesser, ou faire tomber sur la tête d’un autre le danger proche, imminent. On a vu des incendies favoriser une fuite, une maison s’écrouler sans dommage pour certains de ses habitants, une épée manquer la tête de la victime, un condamné survivre à son bourreau. Même la mauvaise Fortune a ses caprices. Peut être bien que oui, peut être bien que non. Pour le moment, elle n’est pas là. Envisage le meilleur. »

 

7) Tempère la crainte par l’espoir.

« Il n’est pas rare que, sans aucun signe avant coureur de difficultés, l’esprit se raconte des histoires.

Qu’il interprète au pire un mot ambigu, ou qu’il considère comme plus grave qu’elle ne l’est l’offense reçue et prenne en compte non pas le degré d’irritation de l’offenseur, mais son pouvoir de représailles.

Il n’y a aucune raison de vivre, aucune limite à nos misères, si l’on se met à redouter tout ce qui est redoutable.

C’est ici que la sagesse va t’aider, ici que tu sois repousser de toute la vigueur de ton âme la crainte, même fondée. Si tu ne le peux pas, combats au moins un vice par un autre, tempère la crainte par l’espoir. Aussi certains que soient les motifs de nos peurs, il est plus certain encore que nos terreurs sont sans objet et trompons nos espérances. »

 

8) Crois ce qui te fait plaisir.

« Examine donc espoir et peur et, chaque fois que tu seras dans un brouillard total, crois ce qui te fait plaisir. Si c’est la peur qui recueille le plus de suffrages, n’en choisis pas moins le parti opposé. Cesse de te faire du souci et médite souvent l’idée suivante : la plupart des mortels, qui pourtant ne souffrent ni ne souffrirons jamais de quoi que ce soit, ne sont que grouillement et bouillonnement. »

9) Ramène ta peur dans les limites de la vérité.

« C’est qu’une fois pris dans le mouvement personne ne se met le holà pour ramener sa peur dans les limites de la vérité. Personne ne dit :  » C’est un rigolo, celui sui m’a donné cette nouvelle. Ou bien il m’a raconté des histoires, ou bien il a cru celles qu’on lui racontait. » Nous gobons tout. Nous redoutons le plus douteux comme sûr et certain.

Nous ne savons pas garder la mesure. Immédiatement, le souci vire à la peur.  J’ai honte de te parler de cette façon et de te réconforte par des remèdes aussi légers. On va te dire :  » Peut-être que le mal ne viendra pas. »

Toi, réponds :  » Et après ? Et même s’il vient ? On verra bien qui est le plus fort ! »

 

10) N’oublie pas de vivre

« Je vais mettre un point final à cette lettre en lui apposant son cachet, c’est à dire en la chargeant de te transmettre quelque maxime pleine de grandeur.

« L’une des nombreuses erreurs des imbéciles : ils n’en finissent pas de commencer à vivre » 

Médite le sens de cette parole, Lucilius, toi le meilleur des hommes, et tu comprendras comme elle est répugnante cette inconstance des hommes qui chaque jour établissent leur vie sur de nouvelles bases et se lancent dans de nouvelles espérances, même sur leur lit de mort. »

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